dans L'etudiant malien

Un matin de janvier

C’est la reprise après un mois de congés. A la cantine, comme à l’accoutumée, les étudiants sont assis aux tables par groupes. Ça discute, ça parle fort, ça rit aux éclats. Par intermittence, des éclats de rire fusent. Ce que je n’aime pas, c’est qu’ils rient trop, et fort. Au début, quand un fou rire éclatait derrière moi, j’avais le sentiment qu’il m’était destiné. Mais avec le temps, j’ai fini par m’y faire. Chez moi au Mali, il est interdit de rire fort, parce qu’il faut rire en gardant en tête qu’un jour on va mourir. Demain, ou un autre jour.

Les uns après les autres, les étudiants se dirigent vers les tables les mains chargées de nourriture. C’est le matin. Dehors, il fait terriblement froid. La neige s’est retirée mais quelques couches sont encore là par endroit. Autant dire que l’hiver est là, majestueux. Il y a quelques mois, il hantait les conversations. A nous qui n’avions jamais vu la neige, on disait qu’il fallait se préparer pour le pire. L’hiver, c’est le pire. Il faut se préparer, y aller comme à la guerre, donc s’armer de bottes, d’habits pouvant donner de la chaleur. J’avoue que tout cela m’a angoissé. Mais maintenant qu’il est là, rien n’a changé pour moi. Tout reste comme avant.

Dans le ciel, un soleil des plus insignifiants escalade.

 

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bouba68
Boubacar Sangaré a étudié les Lettres modernes à l'université des Lettres et des Sciences humaines de Bamako. Ancien collaboraeur des journaux Le Flambeau, La Nouvelle Patrie, Le Pays, Mondafrique (Paris), il écrit pour Journal du Mali, Les Echos, Le Courrier du Maghreb et de l'Orient. Il a été assistant de langue française à Bates College (Université, Etats-Unis).

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